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LA MEMOIRE DANS LES ARTS : Les lieux de mémoire et le devoir de mémoire

auteur : Marcelle Delicat

Les lieux de mémoire sont des espaces, des objets ou autres éléments matériels ou abstraits, empreints d’une charge symbolique dans lesquels s’identifie une communauté. Afin de lutter contre l’oubli, il faut rechercher des lieux matériels ou non emprunts de souvenir, se rapportant à un évènement dans lesquels on retrouve un sentiment commun à toute la nation. Par exemple en France, c’est autour de la marseillais, du 14 juillet, de la Bastille et bien d’autres que se commémore la révolution française. Ainsi, les lieux de mémoire permettent de lutter contre la disparition de la mémoire nationale. L’histoire domine et entraine la mémoire et pour ne pas la voir disparaitre, nous avons recourt aux lieux. Les lieux de mémoire n’existent que parce que l’histoire est en train d’effacer la mémoire. La mémoire appelle des souvenirs et l’histoire convoque, un discours critique qui se veut scientifique.  La lutte contre l’oubli n’est possible que dans la commémoration car elle réuni autour d’un même objectif des personnes qui ont en commun vécus des évènements qui ne doivent pas tomber dans l’oubli. Il faut donc créer des évènements.

Il existe trois sens dans lesquels l’orientation définitionnelle de l’expression « lieu de mémoire » peut se faire .Il y a un sens matériel, un sens symbolique et un sens fonctionnel. Il convient de préciser ici qu’un lieu, est perçu dans les trois sens du mot, en même temps mais à des degrés différents. Il doit donc être investi d’une aura symbolique, de par son utilisation, il peut être considéré comme objet d’un rituel et doit avoir un rappel concentré  sur le souvenir.

La notion de « devoir de mémoire » émerge au sortir de la seconde Guerre Mondiale. Et Ricœur y voit une forte implication du contexte historique dans l’élaboration de la définition de celui-ci. Il déclare: On ne peut en effet faire abstraction des conditions historiques dans lesquelles le devoir de mémoire est requis, à savoir en  Europe Occidentale et en France particulièrement, quelques décennies après les évènements horribles du milieu du XXème Siècle[1].

Ricœur fait référence à  L’holocauste et aux grandes déportations qui ont eu lieu pendant la seconde guerre mondiale. Les survivants de ces évènements ont ressenti le besoin de partager leur histoire, ils se regroupent en association. Ils veulent honorer la mémoire des disparus mais aussi garder les évènements présents dans les esprits des survivants,  informer les ignorants et l’ancrer dans la mémoire des jeunes générations : naît ainsi le devoir de mémoire.

L’expression « devoir de mémoire » est dès lors très utilisée dans le monde médiatique, politique et intellectuel. Plusieurs théoriciens se prêtent à l’exercice. Ricœur explique que le devoir de mémoire est en lui-même un paradoxe, d’abord parce qu’il contraint l’homme à vivre dans le passé et donc à refuser une mémoire au futur : elle est alors résistance à l’histoire. L’injonction à se souvenir est enfin un paradoxe parce qu’elle met sous ses ordres l’exercice du souvenir, celui-ci est désormais contrôlé alors que le souvenir échappe souvent à tout contrôle. Tous ces éléments rendent l’exercice du devoir de mémoire complexe.

Les arts en général, le cinéma et la littérature en particulier permettent donc de conserver matériellement des évènements passés. Le lecteur/ spectateur se sent concerné sans pour autant être contraint à revivre dans le passé. Les artistes donnent leur version de l’histoire participant ainsi à construction de la mémoire et la lutte contre l’oubli.

[1] P. RICOEUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli,  Paris, Seuil, 2000, p 105.

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