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LA MEMOIRE DANS LES ARTS : La mémoire collective et la mémoire individuelle

(auteur : Marcelle Delicat)

La mémoire collective et la mémoire individuelle sont deux notions théorisées par le sociologue Maurice Halbwachs. La mémoire collective est « une théorie scientifique qui dit qu’on ne se souvient jamais seul. Cela veut dire que notre mémoire et nos souvenirs sont en partie structurés par la société »[1]. Autrement dit, les souvenirs sont comme des éléments épars, incomplets ou même fragmentés. Ce n’est que grâce à la mise en commun ou à la confrontation  de ces derniers qu’il est possible de reconstituer la mémoire collective. Celle-ci est à l’exemple d’un puzzle, ou chaque élément détient une partie du tout. Faire appelle à la mémoire collective implique donc la participation du groupe sociale auquel le souvenir se rapporte.

Cette définition met en évidence le fait que la mémoire collective implique une identité collective et sociale. Halbwachs Maurice ajoute qu’il y’aurait une mémoire collective et des mémoires individuelles. Il poursuit en affirmant que la mémoire individuelle d’une personne rentre dans « le cadre de sa personnalité, ­­[…] ses souvenirs : ceux-là mêmes qui lui sont communs avec d’autres ne seraient envisagés par lui que sous l’aspect qui l’intéresse en tant qu’il se distingue d’eux »[2] . Autrement dit, la mémoire individuelle ne concerne que les souvenirs personnels de l’individu, sa propre expérience et son identité personnelle ; d’ailleurs, si sa mémoire collective et sa mémoire individuelle partagent certains souvenirs, il en fera une expérience personnelle.

On peut remarquer que la mémoire collective et la mémoire individuelle sont très liées. Par ailleurs, il ne serait pas prudent de penser que la mémoire collective n’est que la somme des mémoires individuelles. Les deux mémoires interagissent et s’influencent mutuellement. Pour ce faire, elles prennent appui sur les cadres sociaux. On entend par cadres sociaux les éléments qui structurent la société tels que le temps, l’espace, le langage (ou les mots), la religion, la famille, la classe sociale, etc. La notion de mémoire inclut implicitement celle d’oubli, cependant, l’oubli n’est nullement une menace pour la mémoire. A ce titre, Todorov pense que « la mémoire ne s’oppose nullement à l’oubli »[3] car elle est l’interaction entre l’effacement et la conservation du souvenir.  Nos souvenirs des évènements passés ne sont que des fragments et des images ; c’est la présence de l’Autre qui nous permet de nous souvenir totalement et donc de lutter contre l’oubli.

 L’expérience sociale est donc la condition d’existence de la remémoration car la mémoire ne revit pas les évènements, elle reconstruit le passé en fonction des cadres sociaux présents.

[1] HALBWACHS (M), La mémoire collective, Paris, PUF, Coll. Bibliothèque de philosophie, 1950, p.6.

[2]M. HALBWACHS La mémoire collective, Op cit, p.25.

[3] T. TODOROV, Les Abus de la mémoire, Paris, Arleas, 1995,p.14.

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Aby M. Warburg «Mnemosyne-Atlas»